TOUS LES ROBOTS S’APPELLENT ROBERT et les IA Paul

DÉCOUVREZ LE PROJET

SUIVEZ LE ROMAN PROSPECTIF DE L’ÉTÉ 2019

Au Bastion, Génie et ses quatre collaborateurs accueillent Paul, le poulpe de prédiction des crimes. Manque de chance, cette intelligence artificielle prédit des crimes à la « Nouvelle intelligence », la résidence où vit, Maléfik, la mère de la Génie

Ce roman prospectif est l’occasion d’imaginer et de mettre en scène une centaine de concepts, services et objets de demain et après-demain. Découvrez-les chapitre après chapitre.

 

5. Tout va bien, madame la banquise

Paul est bizarrement gaulé. Alors qu’il n’a pas de pieds, cela ne l’empêche pas de les mettre dans le plat en annonçant que la mère de Génie est concernée par la prédiction.

Tino entre dans mon bureau. Son émoticoeur est dans le rouge. Je le connais. Il déteste quand j’ai des réactions qu’il ne comprend pas.

— Génie, qu’est-ce qui t’arrive  ? dit-il. Paul a prédit des morts et toi tu disparais. Les prédictions du poulpe intelligent ne t’intéressent pas.

Je me contente de hocher la tête. Je ne peux pas faire plus. Je suis aussi aplatie que si le monde m’avait roulé dessus.

— Tu aurais voulu que Paul prédise qu’on va trouver un remède miracle pour arrêter le réchauffement climatique et revenir au temps où la terre était habitable, dit Tino. Il ne faut pas rêver. Il faut changer l’homme pour changer le monde et limiter la tragédie climatique.

— Pourquoi me parles-tu de cela maintenant ? demandè-je.

— Parce que c’est ton sujet favori. Vu que tu as opté pour l’option « je rumine seule dans mon coin », il vaut mieux parler de ce qui te fait parler.

Tino me connaît bien. Rien ne m’agace plus que le mantra « Il faut agir et agir vite contre le réchauffement climatique » qui chauffe toutes les oreilles.

Certes ces répétitions ont des avantages. Maintenant, tout le monde est conscient de l’urgence. Difficile d’en être autrement. Même les climatosceptiques ont dû ranger leurs « Tout va bien, madame la banquise ». Les inondations, les tempêtes, les tsunamis, les millions de migrants rappellent en permanence que la Terre n’a pas une petite grippe qui va passer sans qu’on fasse rien.
Mais, pour éviter le trépas planétaire, les politiques continuent à adopter la politique des petits pas avec des pieds équipés de pantoufles. Il faut éviter de tirer trop fort le signal d’alarme, car des électeurs peuvent avoir des réveils difficiles. De méchantes humeurs, ils se vengeront en cliquant sur le mauvais bouton.
Alors que la maison brûle, ces pompiers de pacotille n’ordonnent pas aux habitants du premier étage de sauter par la fenêtre. Ils leur expliquent qu’ils ont le temps de commander de fraises importées du bout du monde ou une nouvelle moquette pour leur salon. Ils peuvent se distraire à acheter des produits sur des plateformes et à les renvoyer. Qu’importe qu’ils contribuent à augmenter le gaspillage. Ils peuvent aussi se créer un dixième compte sur les réseaux sociaux afin d’accroître les besoins dans des stockages boulimiques en énergies.
Et si des locataires de la planète Terre ont quelques doutes sur la pérennité de leurs demeures, ils doivent garder confiance : des ingénieurs vont bientôt lancer un grand filet qui va séquestrer le CO2 de l’atmosphère ou le plastique de l’océan. Ou ils vont inventer un thermostat planétaire commandé par la voix. On dira : « OK terre, baisse de 3 degrés » et le thermomètre chutera, la banquise se reformera, les eaux descendront, des animaux disparus réapparaîtront… Depuis le temps qu’on explique que la technologie fait des miracles, elle va finir par résoudre ce foutu problème de réchauffement climatique.

— C’est à cause de ma mère, dis-je.

— Qu’est-ce qu’elle a encore ta mère ? Un cancer ? Ne t’affole pas. Les nanothérapies vont éliminer la tumeur sans qu’elle s’en aperçoive.

— Tino, il y a cancer et cancer. La maladie n’a… Lors de la guerre du Vietnam, un officier… Cela n’empêche pas à la maladie de gagner.

Je m’arrête net pour ordonner mes pensées. Je résume. Même s’il est bon de ton de dire qu’on a gagné le combat contre le cancer, la maladie n’a pas dit son dernier mot.
Point positif, les traitements barbares d’hier ont disparu. « J’ai détruit la ville pour la sauver », disait un officier américain lors de la guerre du Vietnam après avoir passé la ville au napalm. Ce fut longtemps la même chose pour le cancer. Avec la chimiothérapie, on éliminait bonnes et mauvaises cellules. Le traitement fragilisait la personne. On ne mourrait pas du cancer, mais des traitements qui l’éliminaient. Maintenant, on cible juste les mauvaises cellules et les dommages collatéraux ont disparu.
Si les remèdes ne tuent plus, avec l’augmentation de la pollution, la destruction de la chaîne alimentaire et l’intensification du stress, les proliférations éclair de mauvaises cellules sont de plus en plus fréquentes.
Les médecins parlent de Blitzdeath (12). À l’instar de la Blitzkrieg, le cancer gagne la bataille contre la vie en un temps record. Je suis bien placée pour en parler. Mon mari a été victime d’une tumeur de cerveau éclair. Un matin, il s’est plaint d’un mal de crâne. Dix jours plus tard, on enfermait ses cendres dans un bocal garanti destructeur de plastique des mers. Je le jetais au large en espérant qu’il ferait un peu de ménage dans la Méditerranée. Depuis, c’est le grand vide dans ma vie.

— Non, Tino, bafouillé-je. Ma mère va bien. Elle habite à… C’est… Paul a… Ce n’est pas normal.

Comme beaucoup, je considère que les intelligences artificielles sont totalement prévisibles. On les nourrit en données avec des chats et des chiens et elle dessinent des tableaux où les chiens se mélangent harmonieusement aux chats. Elles examinent vos habitudes de lecture et concoctent votre roman de plage. Elles explorent votre zapping musical et proposent le morceau qui, tournant en boucle, fait un ménage des pensées occupant votre esprit. Même les digressions artistiques des intelligences artificielles n’émeuvent plus grand monde. Les IA sont descendues de leur piédestal pour être reléguées au rang de machine à tri et analyse de données s’exprimant de manière intelligible et cohérente.

Croyant de ce fait à une logique des prévisions de Paul, je suis totalement déstabilisée par le fait qu’elles impliquent ma mère.

— Elle veut quitter sa résidence écolo et solidaire ? continue Tino. Je croyais qu’elle adorait. C’est comme mère. C’est un jour tout va bien, le lendemain tout va mal. Les vieux n’ont plus d’objectifs alors ils s’intéressent juste à la température de leurs égos.

— Ma mère habite dans la résidence de la Nouvelle intelligence, dis-je en mettant quelques tonnes sur chaque mot.

— Elle crèche là où il aura les crimes ? rétorque Tino. Ça, c’est bien une drôle d’idée de mère !

Postez vos commentaires ou envoyez-les par mail. Découvrez le projet.

10. Fringouche

Douche d’habillement

La fringouche est une projection de nano-particules servant à l’habillement; Le textile s’adapte au programme de l’utilisateur. En moins d’une seconde, il prend la forme et la texture d’un nouvel habillement.
La fringouche est une aubaine pour ceux qui passent des heures devant leur placard à choisir leurs vêtements. Ils peuvent se détendre sous la douche en chantant « dressing in the rain ».

11. Trottobèse

Trottinette électrique.

Ce mode de transport qui s’est développé à partir de 2018 a engendré une génération d’obèses. Au lieu de marcher 10 mètres, les adeptes enfourchent leur véhicule. Pour cette raison, on a fini par la nommer ainsi.

Abonnez-vous pour suivre l’aventure