PROSPECTIVE-FICTION

DIAGNOSTIC DISTANT

Comme chaque matin, Tanbot, le coach bien-être, sort Adrian des bras de Morphée. Quand son esprit est remonté à la surface, il se souvient que c’est le jour de son check-up complet. Depuis son infarctus, la surveillance s’est accentuée. Une fois par mois, il doit passer 12 minutes dans la salle de bain pour effectuer tous les contrôles.

Le premier est le test du miroir. L’appareil inspecte les afflux de sang dans le visage et détecte ceux qui sont anormaux. Le deuxième est celui de la salive. Il pose sa brosse à dents sur l’analyseur. Immédiatement, un message clignote sur le miroir : « Problème détecté. Prendre la nano pilule B17. »

Adrian la cherche sur l’étagère et l’avale. Après deux longues minutes d’attente, un gros nounours apparaît sur l’écran et dit :

­— Bonjour petit Martin, c’est moi le gros nounours qui annonce les petites et grandes maladies ! Aujourd’hui, tu en as gagné une très grande : la Trérarius !

Martin se décompose. Lors de la programmation de son miroir santé, il devait choisir l’avatar qui annonce une maladie. Ne pensant jamais être malade, il a cliqué sans faire attention sur l’ours.

— C’est quoi une Trérarius ? bredouille Adrian.

—  Pom, pom, pom… La Trérarius est une maladie très rare. Oh, petit Adrian, ta voix tremble. Gros nounours n’aime pas quand tu t’inquiètes.

— Une trérarius ! Est-ce que je vais mourir ?

­— Un jour sans doute mon petit Adrian. Ne sois pas triste. Tout le monde s’en va. Pour te redonner un joli sourire, gros nounours va t’envoyer le descriptif de ta maladie avec les traitements envisagés.

— 30 % de survie à un an ! C’est horrible.

— Ne fais pas cette tête, petit Adrian, gros nounours prend soin de toi, Il t’a commandé un joli petit drone ambulance qui va t’amener à l’hôpital. En attendant, tu peux discuter avec Mirta. Elle a eu aussi une Trérarius et, miracle, elle n’est pas morte.

Adrian voit alors s’afficher la photo de Mirta, une femme qui semble aussi belle, douce que souriante. Il la contacte. L’échange est vraiment agréable. En attendant l’ambulance, il oublie sa crainte de mourir.

Dans le laboratoire WhiteMiror, Martin est aux anges. Adrian confirme que faire appel à un faux patient atteint de la même maladie est, en cas d’annonce de grave maladie, un bon moyen de faire passer la pilule.

LE FUTUR SE DISCUTE

De l’histoire aux innovations

Les briques d’innovation composant l’histoire sont déjà en rayon.

Miroir, mon beau miroir, vais-je faire une crise cardiaque ?

Dans le miroir, on ne regarde plus sa gueule uniquement, mais aussi ses performances sportives, l’évolution de son poids, de ses grains de beauté. On peut aussi savoir si l’on va faire une crise cardiaque !

Wize Mirror développé par des chercheurs de Pise analyse la composition de la peau, les mouvements du visage. Il détecte ainsi le stress, l’anxiété ou la fatigue, principaux facteurs des risques cardio-vasculaires.

Nano, mais maouse costaud

Google travaille sur des nanoparticules qui vont patrouiller dans le corps pour détecter les premiers signes de cancer et autres maladies. Administrées sous forme de pilules, elles permettraient de fournir des informations sur les cellules sur lesquelles elles sont accrochées.

Application-détection

Un nombre grandissant d’applications détecte les maladies.

Kardia Mobile est, une application liée à un petit capteur. On pose ses doigts et on a en 30 secondes un électrocardiogramme de qualité. Ce dispositif permet de détecter la fibrillation atriale, symptôme précurseur de l’AVC.

Mammoth Biosciences travaille sur une application capable de détecter toutes sortes de maladies (Zika, dengue, papillomavirus…) grâce à un test de sang, d’urine ou de salive. On les dépose sur une bande jetable de la taille d’une carte de crédit.

Max Little, chercheur à l’université d’Oxford travaille sur une application de détection de la maladie de Parkinson à partir de l’enregistrement de la voix. À l’entendre, on pourrait dire : « Siri, ai-je la maladie de Parkinson ? » et avoir la réponse.

BiliScreen, développé par des chercheurs de Washington, analyse les images de l’œil du patient, et détecte les premiers signes du cancer du pancréas.

Des dangers de ces applications

Si ces dispositifs peuvent aider à être en meilleure santé plus longtemps, elles peuvent aussi créer de nouveaux problèmes.

De nouvelles pathologies

L’analyse de ses paramètres étant simple, on risque de le faire en permanence et s’inquiéter de chaque changement. Ces stress peuvent générer, outre une hypocondrie, de nouvelles pathologies. On va finir par devenir malade de nos craintes d’aller mal !

La fin de l’auscultation

L’examen médical est aujourd’hui, pour le patient comme pour le médecin, un moment clé du parcours de soin. La consultation ne se résume pas à des gestes techniques. C’est aussi un moment de confidence. Cette empathie est essentielle pour guérir. Le diagnostic par application et IA risque donc de diminuer la qualité des soins.

La décharge de l’annonce de la maladie

Annoncer une maladie grave est pour le médecin une affaire complexe. Il faut qu’il dise quelque chose qu’il n’y a pas envie de dire à quelqu’un qui n’a pas envie d’entendre.

Résultat, les médecins ne sont pas toujours à la hauteur quand il faut le faire. Certains peuvent l’annoncer sur répondeur ou par mail. D’autres cherchent à se protéger de l’émotion du patient en ayant des formules comme « Il faut être fort » qui sous-entend « Surtout ne craquez pas devant moi ».

On peut imaginer que certains médecins vont profiter de la technologie pour se décharger de cette tâche.

Si l’annonce de maladies graves est faite par une machine, le déni risque d’être important. Il faudra pour l’éliminer que les créateurs de ces IA prennent en compte les multiples facettes de la psychologie humaine et en particulier le temps nécessaire pour accepter une maladie. Les IA devront aussi apprendre à soigner une personne et non se contenter de combattre la maladie dont un individu est atteint.

Vu la complexité de l’affaire, il vaudrait mieux que les médecins continuent pendant quelque temps à faire l’annonce des maladies !

Et la solution envisagée dans la prospective-fiction n’est pas convaincante. Au lieu de fabriquer de faux patients virtuels, il serait préférable de renforcer les liens entre des vrais patients. Cela éviterait de « machiniser » encore plus la maladie.

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